Psycho

Ça la travaille depuis un petit moment. Miss Impatiente a envie d’écrire un article sur l’impact de la tête sur l’infertilité, du moins sur ce qu’on entend (beaucoup trop) à ce sujet. A tête reposée justement, pour essayer d’exprimer calmement ce qu’elle ressent.

A force d’entendre :

blabla… ne pas trop y penser… blabla… c’est dans la tête… bla bla… blocage psychologique… bla bla… trop de stress… bla bla… te détendre… bla bla… ne pas te poser trop de questions… bla bla… pouvoir de l’inconscient… bla bla… trop de pression…

… ben on se pose des questions. Et la question qui arrive en premier est celle-ci : Est-ce que c’est ma faute ?

Ce discours est essentiellement véhiculé par les personnes lambdas bien pensantes (ou non) qui veulent donner des bons conseils (alors qu’au passage, on ne leur a rien demandé), comme la super-relou pour ne citer qu’un exemple.

Attention : avant d’aller plus loin, Miss Impatiente précise qu’elle ne nie pas l’importance du mental dans la vie en général et sur la santé en particulier. Elle peut concevoir que le stress, les expériences bonnes ou mauvaises, les traumatismes, puissent avoir un impact sur la fertilité (avec réserve quand même). Ce qu’elle ne conçoit pas, c’est qu’on brandisse cette explication aussi vite que l’éclair et qu’on l’envoie à la figure des intéressés sans creuser plus loin.

Revenons à nos moutons.

1) Ne pas trop y penser/le blocage psychologique

« Moi, je n’y ai pas pensé du tout, et au bout de 3 mois ça a marché ». Premier point : Miss Impatiente crie au mensonge. Est-il possible de décider de faire un enfant et ensuite de ne pas y penser du tout ? (elle ne tient pas compte ici des grossesses « accidentelles », vu qu’elles ne sont pas décidées).  Deuxième point : Peut-on comparer ne pas y penser pendant 3 mois avec ne pas y penser pendant 2 ans ? Il semble normal à Miss impatiente de s’inquiéter davantage, et donc d’y penser davantage, au bout de 2 ans d’essais infructueux (et le lot de déceptions qui va avec) qu’au bout de 3 mois. Mais peut-être qu’elle n’a rien compris. Et encore, elle ne parle même pas des parcours médicalisés. Pour ça, il faudra lui expliquer comment ne pas y penser entre les RDV PMA, les examens, les piqûres, les échographies, les inséminations, les ponctions, l’attente des résultats, etc.

« Tu te mets trop la pression » ou « Tu le veux trop, tu te bloques. » Quand on lui sort ce genre de phrases, Miss Impatiente se dit qu’il y a des gens qui auraient mieux fait de se bloquer un peu plus avant de faire des enfants. Oui c’est méchant.

2) Le pouvoir de l’inconscient

Alors là Miss Impatiente a lu/entendu des choses intéressantes (les phrases suivantes ne s’adressaient pas forcément à elle, mais à une personne infertile en général) (oui, Miss Impatiente a acheté et lu des bouquins de psy sur le sujet).

« Inconsciemment tu ne veux pas d’enfants, ou bien tu n’es pas prête ». Tout s’explique.

« Tu as peur de faire encore pire que tes parents » ou « Tu n’arrives pas à faire d’enfants car tu es en conflit avec ton père/ta mère/ton frère/ta sœur/ton voisin« . OK. Une bonne partie des gens n’arriverait donc pas à se reproduire.

« Tu as peur de ne pas faire aussi bien que tes parents ». L’autre partie des gens n’arriverait pas à se reproduire.

« Tu n’arrives pas à faire d’enfants car symboliquement la place de l’enfant est déjà prise ». Miss Impatiente a beau adorer son chat, elle ne le considère pas comme son enfant. Son mari non plus.

Miss Impatiente a du mal avec tout ça, mais bon après tout elle n’a pas fait psycho.

3) Le stress

« Tu n’arrives pas à tomber enceinte car tu es trop stressée. » Vu le nombre de sources de stress dans la vie, elle se dit que si tous les gens stressés n’arrivaient pas à concevoir, il y aurait du souci à se faire pour l’avenir de l’humanité.

« Il faut te détendre ». Commence donc par arrêter de me culpabiliser, ce n’est pas bon pour mon niveau de stress.

4) Se poser des questions

« Tu te poses trop de questions / tu réfléchis trop. » Alors là Miss Impatiente s’excuse. Elle a tendance à réfléchir et à se questionner dans la vie, c’est vrai c’est nul. Il vaudrait mieux faire les choses et prendre des décisions importantes sans aucune réflexion, on s’économiserait bien des problèmes.

Cet article est un peu caricatural. Bien sûr, essayer de moins y penser (en ayant d’autres projets, en se concentrant sur d’autres choses) et se détendre, ça ne peut pas faire de mal, au contraire. Mais ce n’est pas non plus LA solution. Si Miss Impatiente était tombée enceinte à chaque fois qu’elle était partie en vacances ou qu’elle avait fait une séance de yoga, elle serait à la tête d’une famille nombreuse.

Et surtout, en quoi cela aide-t-il une infertile de lui dire des choses comme ça (ou un couple infertile, mais bizarrement c’est surtout à la femme qu’on s’adresse)  ? Même s’il y a une part de vrai dans tout ça, cela va-t-il l’aider à moins y penser, à se « débloquer », à arrêter de se demander si un jour elle pourra fonder une famille ? Dans le cadre d’une psychothérapie ou d’une analyse, peut-être. De la part de personnes qui n’y connaissent rien ? Non (là du moins, Miss Impatiente parle pour elle). Toutes ces choses sont avant tout culpabilisantes. Miss Impatiente entend ceci : « Tu n’y arrives pas, c’est de ta faute. Machine, elle, ne s’est pas tant stressée / n’y a pas autant pensé / ne s’est pas posé autant de questions / n’a pas de problèmes relationnels avec sa famille (rayer les mentions inutiles) et elle est enceinte, elle. »

Et dans tout ça, que fait-on des causes physiologiques, génétiques, environnementales de l’infertilité ?

Alors, Miss Impatiente décidera peut-être un jour d’aller parler de ça avec un professionnel (pas en espérant tomber enceinte, mais plutôt en espérant arriver à mieux gérer l’infertilité), mais en attendant elle va se concentrer sur ce que peut lui apporter la médecine et la PMA. Justement, le prochain RDV PMA, c’est demain.

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19 réflexions sur “Psycho

  1. Nous devrions peut être simplement apprendre à manier l’art de la rhétorique : En réponse aux bien-pensants :
    « Donc je suis responsable de cette infertilité ? »… Tu auras une réponse confuse « ah non non, je ne voulais pas dire cela » – « mais ne viens-tu pas de dire que je devrais moins y penser ? »… Bref, pousser les imbéciles jusqu’au bout de leur logique.
    Et sinon, pourquoi as-tu rdv demain en PMA ?
    Bises

  2. très bel article …

    on m’a mise dans la case « infertilité inexpliquée » … alors le coup de « c’est dans ta tête » à force de me le dire, j’ai fini par le croire aussi…

    finalement, problème nous avons fini par trouver … et je retiens toujours la phrase de ma biologiste et de mon gynéco : « inexpliquée », ça veut dire que la médecine n’a pas trouvé de réponse … alors le pouvoir de l’esprit …

    bon rendez-vous 🙂

    • Exactement : inexpliquée ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’explication médicale, mais qu’il n’y en a pas de connue pour l’instant… mais ça les gens ne le comprennent pas. Il y a aussi la variante : un problème est bien diagnostiqué (genre, au hasard : problème ovarien), mais la cause du problème, c’est quand même la tête (tu te bloques les ovaires). J’adoooore.
      Merci d’être passée Boule de Mousse !

  3. Mais qu’il est bon cet article ! Je me suis bien bidonnée !!! Et c’est tellement ce que je ressens aussi ! Merci pour ça !!
    ( et bon rdv demain )

  4. Bien vu 28 jours 😉 ! Ouais, ils sont lourds tous ces gens. Mais bon, je fais mon mea culpa, j’ai déjà dû sortir une phrase comme ça à quelqu’un dans ma vie antérieur d’infertile-qui-s’ignorait (« tu sais, la cousine de Bidule elle est tombée enceinte alors qu’elle entamait des démarches d’adoption »). Pfff.
    Bon courage pr ton rdv gynéco de demain. Tu nous tiens au jus ? Bises

    • Je pense qu’on a tous, un jour, mis les pieds dans le plat ou dit des maladresses sans s’en rendre compte… Moi y compris. Maintenant je fais plus attention à ce que je dis, et quand j’ai peur d’être maladroite je m’abstiens. Ecouter et dire qu’on est là pour l’autre, parfois c’est suffisant.

  5. j’ai aussi fait la démarche d’aller chez un psy. Pas parce que je crois que « c’est dans ma tête », mais parce que c’est un moyen pour moi de déverser le trop plein que je ne sais dire à qui que ce soit, par peur d’entendre tout ce que tu as cité ci-dessus. aussi, parce que ma psy m’apporte un regard extérieur, sans jugement, sur notre parcours. et me permets de prendre un peu de recul sur mon « investissement émotionnel » dans la PMA et mon « jugement » des autres et leurs réactions inadéquates et blessante parfois trop rapide/simpliste…
    bon courage pr ton rdv demain!
    Bises

    • Consulter un psy, je connais aussi. Et ça m’a bien aidée (pas pour l’infertilité, c’était avant tout ça). Je ne rejette pas du tout la psychothérapie/psychanalyse, je pense même que ça peut être très utile. Ce sont les généralités et les phrases toutes faites, sans connaître le contexte, la personne… qui m’énervent. Bises et bon courage à toi aussi Cé.

  6. Excellent billet! À relire quand je culpabiliserai de trop y penser, de trop stresser, de ne pas être assez ceci, d’être en conflit avec ma mère, ou même de ne pas trouver mon blocage, si jamais il y en a un!

  7. Bonjour!
    Je découvre ton blog, plein d’humour, avec un parcours qui se rapproche du mien (avec une térato pour ton homme). Je me retrouve à la fois dans cet article, et dans le suivant. C’est avec plaisir que je vais suivre tes aventures en espérant voir bientôt un joli +.

  8. J’aime beaucoup ton article! Très clair, très bien écrit et tellement vrai qu’on s’y retrouve toutes.

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